«L’expérience qu’ont les Chinois de la consommation de viande humaine est sans doute la plus riche du monde». Cette affirmation de Lin Fu-shih (Lin Ling), chercheur taïwanais, date non de l’Antiquité des dernières dynasties impériales, mais de 1989.
À la différence d’autres cultures, la chinoise n’a jamais instauré un tabou à parler de ce sujet. C’est ainsi que les chroniques des siècles passés attestent de cas avérés de cannibalisme. Mais, personne ne peut affirmer que les Chinois aient été plus cannibales que d’autres. Il y eut cannibalisme parmi l’équipage embarqué sur le radeau après le naufrage de la frégate «Méduse» de la Marine française échouée au large de la Mauritanie en 1816. Il y eut d’autres cas de cannibalisme parmi les survivants du vol 571 Fuerza Aerea Uruguaya, dans les Cordillères des Andes, en octobre 1972…
Cannibalisme jouissif, cannibalisme thérapeutique, cannibalisme par piété filiale, cannibalisme par temps de famine, cannibalisme guerrier, cannibalisme culturel et idéologique… Cannibalisme de nécessité lors du «Grand Bond en avant» (1958-1962), qui avait causé la plus grande famine du XXème siècle et tué de 30 à 50 millions de Chinois… Cannibalisme idéologique quand les prolétaires avaient littéralement consommé du contre-révolutionnaire, l’ennemi de classe, pendant la Révolution Culturelle (1966-1976) : Zheng Yi, auteur de «Stèles rouges : du totalitarisme au cannibalisme», affirme qu’il y eut 10.000 victimes de ce cannibalisme révolutionnaire dans le district de Wuxuan, province Guanxi.
En 2013, les douanes sud-coréennes dévoilaient un trafic chinois de 24.000 capsules contenant de la poudre de fœtus humains, censée améliorer les performances sexuelles. Les mêmes arguments chamaniques qui cannibalisent le pénis des tigres ou les couilles des baleines. Sous la dynastie des Ming, même les eunuques mangeaient la cervelle des jeunes hommes vigoureux pour renforcer leur puissance sexuelle…
«Les Chinois mangent tout ce qui bouge», a-t-on coutume de se moquer. Dans «Le Supplice du santal» (2001), Mo Yan, le futur Prix Nobel de Littérature (2012), détaille des mœurs culinaires pour le moins «exotiques». Étrangetés élevées au rang d’art gastronomique et de raffinement civilisationnel. Dans «Le pays de l’alcool» (1993), le «réalisme hallucinatoire» de Mo Yan prétend courante la pratique d’aller récupérer dans les hôpitaux les fœtus humains de trois mois (issus majoritairement d’avortements) et de les réduire en poudre pour en faire un fortifiant. Beaucoup de superstitions chamaniques à croire qu’un pain chaud imbibé de sang humain pouvait guérir de la tuberculose (Lu Xun (1881-1936), «Journal d’un fou» et «Le remède») ou que des raviolis fourrés aux fœtus humains étaient la promesse de la beauté et de la jeunesse éternelles (dans le film «La nouvelle cuisine», 2004).
Une rumeur revient régulièrement depuis une dizaine d’années : la prétendue consommation de fœtus humains par les Chinois. Au-delà de la stupidité commune, on se demande s’il n’y a pas malveillance à vouloir désinformer les opinions publiques. Heureusement, aussi bien pour la rigueur des faits que pour l’honneur de l’Humanité, aucun journal international sérieux n’a repris ces allégations diffamatoires.
Posture tabloïd, légendes urbaines, rumeurs internet : la délectation populaire pour le morbide et le sordide fait la fortune des sites à hoax et des pages à fake. C’est ainsi que, depuis décembre 2000, est devenue «virale» l’œuvre dite d’avant-garde de l’artiste chinois Zhu Yu, un montage le montrant se délectant de fausse viande humaine.
D’usine du monde, la Chine est partie à la conquête de ce même village planétaire : châteaux et vignobles dans le bordelais, grands travaux pharaoniques en Afrique, forêts de tapia à Madagascar. Cette visibilité accrue peut vite passer pour un envahissement surtout que les nouveaux venus Chinois ne sont pas aussi discrets que les Sinoa Zanatany dont les Malgaches avaient l’habitude. Les sociologues le savent : l’ignorance s’est toujours conjuguée au racisme pour inventer à l’Autre des mœurs d’autant plus étranges qu’elles sont inventées.














