Une revue, archivée depuis des années : le numéro 2126 du 2 au 8 avril 1992 du magazine L’Express parce que sa Une m’avait aimanté : «C’était hier…». Dans ces soixante pages de «comment, en trente ans, la vie quotidienne des Français a changé», je retrouve beaucoup de «comment, depuis soixante ans (1962-2019), la vie quotidienne des Malgaches n’a pas changé…»
Sur deux photos. Une montagne de fruits et légumes à même une rue des Halles et à même le sol, sur fond de cageots transbahutés à dos d’hommes : c’était dans les années 1960, à Paris, mais un spectacle déplorablement quotidien en 2019. Un «docker» qui tire une charrette à bras devant un parking de Fiat 500, Peugeot 403, Citroën 3CV, Volkwagen Coccinelle, Ford Capri. On se croirait Mahamasina, Andravoahangy, Anosibe…mais en 2019.
Un texte court qui situe notre actualité dans le «voyage en Amnésie» des autres : «en 1962, un Français sur cinq n’avait pas l’eau courante ; six sur dix se contentaient d’un WC à l’étage ou d’un cabanon au fond du jardin». Ici, notre amnésie, c’est l’Alzheimer d’État quant aux accessoires hygiéniques indispensables.
Une double étrangeté : notre paysage urbain, qui avait connu la colonne publicitaire Morris (une avait longtemps subsisté devant le cinéma Ritz à Analakely, une autre avait jusqu’à ces dernières années survécu à Tsaralalàna), n’a jamais été équipé de «pissotières rustiques et odorantes, grosses toupies rondes en tôle noire ou vert foncé, posées au coin des trottoirs» ; et si le mot «bain-douche» avait pu passer dans le langage courant des gens d’Avaradoha ou des riverains d’Antsahabe, la pratique assidue de cet «établissement de quartier qui fleure la lavande et le bon savon, fourni avec le savon» ne semble avoir jamais été la préoccupation première de ceux qui étaient privés de l’eau courante à domicile.
Une poignée d’auteurs, enfin, ici inconnus (Michèle Georges disparue en 2008, Christian d’Epenoux mort en 2009) mais des textes évocateurs que j’aurais aimé savoir imaginer.














