L’anglais et le français sont tous deux des langues internationales. Aux Jeux Olympiques, elles sont même les deux langues officielles. Aux Nations Unies, parce que les empires coloniaux britannique et français ont embrassé tous les continents, elles offrent plus d’ouverture que le russe, le chinois ou l’arabe.
Dans notre société d’entertainment, cependant, la langue anglaise semble mieux se prêter que la langue française au message publicitaire. Comment, par exemple, rendriez-vous en français «One World, One Dream», le slogan des Jeux Olympiques de Pékin ? «Un seul monde, un seul rêve» ? Un peu lourd, trop long d’un mot supplémentaire. Quand on veut garder le rythme avec le mot «One» qui «scande» l’expression, le français apparaît maladroit.
Dans le langage automobile, quels équivalents français seraient aussi dynamiques que ces slogans anglais : «Think Small» (Volkswagen avec la Coccinelle à la conquête des États-Unis, pays des Cadillac, Lincoln et autres Ford F-150) : si «Voyez Grand» a du sens, «Pensez Petit» ferait sourire de commisération ; «Above and Beyond» (à propos des capacités de franchissement des Land Rover) : «Vers l’infini et au-delà» me viendrait aussitôt à l’esprit, mais c’est déjà sous copyright ; «Confidence in Motion» (Subaru et ses quatre roues motrices) : «La confiance en action/dans le mouvement» ?
Et «Today, Tomorrow, Toyota», «Designed Around You» (Volvo et sa réputation légendaire de sécurité passive), «The Best or Nothing» (le premium selon Mercedes) ? Seuls les Allemands, confiants dans leur «Made in Germany», ont osé accompagner de slogans bien de chez eux leurs voitures : «Das Auto» (Volkswagen), «Vorsprung durch Technik» (Audi), «Deutsche Qualität» (Opel)… Tout le monde n’a pas compris ? Ce n’est pas grave, le client n’achète pas un dictionnaire, mais une réputation, un prestige.
Peu savent que la langue des États-Unis aurait pu ne pas être l’anglais, mais l’allemand. Aujourd’hui encore, 240 ans après la proposition d’officialiser l’anglais comme langue des États-Unis, seulement 31 des 50 états américains en ont fait leur langue officielle. «Un Américain est un Allemand qui parle anglais», plaisante-t-on pour rappeler que, arrivé dès 1683, le contingent allemand est plus nombreux que les Anglais, les Irlandais, les Écossais, les Africains ou les Latinos. Rien qu’entre les années 1881 et 1890, ils étaient 1,5 million d’Allemands à débarquer en Amérique. Vers 1900, le quartier Little Germany de New York était la troisième ville germanique au monde, après Berlin et Vienne. En 2016, près de 46 millions d’Américains s’étaient déclarés d’origine allemande, en faisant le plus grand groupe ethnique aux USA (Irlandais 30 millions, Africains 25, Anglais 24, Mexicains 18, Italiens 15, etc.).
Pour en revenir au «couple» anglais-français, pendant longtemps, les monarchies européennes, dont les rois sont tous cousins les uns des autres, affectionnaient de tous parler le français. Le Congrès de Vienne, en 1815, parlait français, idiome des diplomates de l’époque. Ce sont les Américains anglophones qui ont porté un coup fatal au français en réussissant, de 1921 à 1968, à faire interdire l’enseignement public dans toute autre langue que l’anglais dans la Louisiane «française». Lointaine cause qui fait que la publicité parle aujourd’hui plus couramment l’anglais : Keep Walking (Johnnie Walker), Just do it (Nike), Love Sex Durex (Durex), Connecting People (Nokia), What did you expect ? (Nespresso), Think Different (Apple), You Can (Canon)…














