Antananarivo, 1er Novembre, 9h30 – Le principal parti d’opposition tanzanien affirme qu’environ 700 personnes ont été tuées depuis mercredi lors de manifestations contre le pouvoir, à la suite des élections présidentielle et législatives. Ce bilan est contesté par les autorités, qui parlent d’“exagération” et assurent qu’il n’y a eu que des “incidents isolés”.
Selon John Kitoka, porte-parole du Chadema, les affrontements entre manifestants et forces de sécurité auraient causé environ 700 morts à travers le pays, sur la base de remontées de terrain venues de plusieurs hôpitaux. Une source sécuritaire citée par l’AFP évoque un chiffre similaire, tandis qu’une source diplomatique citée par la BBC parle d’“au moins 500 morts”. Reuters indique ne pas avoir été en mesure de confirmer le chiffre.
Le ministre tanzanien des Affaires étrangères, Mahmoud Thabit Kombo, a rejeté ces chiffres sur plusieurs médias internationaux, affirmant qu’il n’existait “aucun usage excessif de la force” et seulement “quelques poches de violence”. Il a également précisé qu’aucun bilan officiel n’avait encore été établi.
Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, s’est dit “très inquiet” et a appelé à une enquête indépendante sur les accusations d’usage disproportionné de la force. Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a fait état de “rapports crédibles d’au moins dix morts” dans trois villes, sans pouvoir confirmer les chiffres avancés par l’opposition.
Les manifestations ont éclaté mercredi, jour des élections présidentielles et législatives, marquées par l’exclusion des deux principaux adversaires de la présidente sortante Samia Suluhu Hassan. Le Chadema avait été exclu du scrutin, et son chef Tundu Lissu est emprisonné pour trahison. Le candidat du parti ACT-Wazalendo, Luhaga Mpina, a quant à lui été disqualifié sur la partie continentale.
Selon les résultats partiels diffusés par la télévision publique, le parti au pouvoir Chama Cha Mapinduzi (CCM) obtiendrait une victoire écrasante, tandis que les médias locaux restent largement inaccessibles en raison d’une coupure d’Internet depuis mercredi.
Des tirs nourris ont été entendus à Dar es Salaam, la capitale économique, où des bâtiments publics ont été incendiés, selon un journaliste de l’AFP. Plusieurs villes du pays ont ensuite été le théâtre de violences et d’arrestations massives.
Les autorités ont instauré un couvre-feu national et déployé l’armée dans les grandes villes. “Les forces de défense contiennent la situation”, a déclaré le chef d’état-major Jacob Mkunda, qualifiant les manifestants de “criminels”.
Arrivée au pouvoir en 2021 après la mort de John Magufuli, Samia Suluhu Hassan avait d’abord été saluée pour avoir desserré l’étau politique imposé par son prédécesseur. Mais selon Amnesty International, la période précédant le scrutin a été marquée par une “vague de terreur”, avec disparitions forcées, exécutions extrajudiciaires et intimidations d’opposants.
Malgré les appels internationaux au calme, les manifestations se sont poursuivies vendredi dans plusieurs villes tanzaniennes, alors que le décompte des voix est toujours en cours et que les autorités n’ont publié aucun bilan officiel des violences.














