Antananarivo, 5 Juin, 10h45 – Joël Andrianomearisoa réagit à son entrée dans la prestigieuse collection permanente du Metropolitan Museum of Art de New York. “C’est une étape, une très belle étape certes, mais elle annonce surtout un long parcours, car tout reste à faire”, réagit-il. Une façon pour l’artiste de rappeler son cheminement, son œuvre, mais aussi son rôle de passeur culturel pour Madagascar.
L’un des aspects marquants de cette reconnaissance est qu’il n’y entre pas seul. Dans le sillage de son travail, c’est tout un pan de la culture malgache qui accède à une visibilité nouvelle. Avec Les herbes folles du vieux logis, c’est bien Joël Andrianomearisoa qui est mis à l’honneur. Mais à travers lui, c’est l’art contemporain malgache dans son ensemble qui obtient une reconnaissance inédite.
Cette œuvre tisse un lien intime avec le poète méconnu Maurice Ramarozaka, ravivant la mémoire d’un patrimoine poétique longtemps marginalisé. Ce qui amène une double consécration, celle de l’artiste et du poète, de la matière et de la mémoire, réunis dans un même éclairage.
“Je veux révéler d’autres chapitres de mon travail”, insiste Joël Andrianomearisoa. “Je ne veux surtout pas que cela devienne un laurier sur lequel me reposer”, poursuit-il. Il évoque ainsi ses liens avec d’autres figures poétiques comme Rabearivelo, Flavien Ranaivo, mais aussi avec les artisans, les faiseurs de belles choses, les gestes oubliés, les mains vivantes de Madagascar.
Pour lui, “le travail d’un artiste n’est jamais solitaire”. Les herbes folles du vieux logis en est une nouvelle preuve : le poète et le plasticien s’y répondent dans un dialogue d’ombres et de lumières, de mots et de formes, de matière et de verbe. Une pratique vivante où le contemporain touche à l’intemporel.
L’entrée de Joël Andrianomearisoa dans la collection permanente du Met s’inscrit dans la réouverture, en mai 2025, de la Michael C. Rockefeller Wing, entièrement repensée pour accueillir les arts contemporains d’Afrique et d’autres régions. Son œuvre y est exposée aux côtés de figures majeures du continent, dans une scénographie renouvelée qui fait dialoguer formes actuelles et héritages.
Ce moment marque une reconnaissance internationale pour un artiste malgache vivant, mais aussi pour une poésie insulaire longtemps reléguée. Il affirme la place de l’art contemporain africain dans sa dimension relationnelle, transversale, vibrante. Surtout, il ouvre un espace de résonance où Madagascar, ses poètes, ses matières, ses gestes et ses silences, trouvent enfin un écho dans le grand concert du monde.














