Antananarivo, 1er Octobre, 8h48 – Sur les 44 affaires relatives à des attaques contre des personnes atteintes d’albinisme, deux condamnations ont jusqu’ici été prononcées. Le chiffre a été révélé par Muluka-Anne Miti-Drummond, experte indépendante auprès des Nations unies sur la jouissance des droits humains par les personnes atteintes d’albinisme vendredi durant une rencontre avec la presse. Sur ces 44 affaires, 11 ont été enregistrées au niveau de la police tandis que 33 affaires ont été enregistrées auprès de la gendarmerie, souligne-t-elle dans son rapport à l’issue de sa mission à Madagascar. Ces dossiers concernent des suspicions de kidnapping, d’enlèvement ou de meurtre de personnes atteintes d’albinisme.
« Je suis préoccupée par le manque de transparence dans le traitement et les procès des affaires d’attaques contre des personnes atteintes d’albinisme », affirme Muluka-Anne Miti-Drummond, dans son rapport. Elle indique avoir eu connaissance par « des sources extérieures au système judiciaire » que « certaines affaires n’avaient pas été portées devant les tribunaux, y compris par les communautés vivant dans des lieux proches des tribunaux où des agressions ont eu lieu ». Par ailleurs, les affaires indiquées comme portées devant les tribunaux n’ont « pas été traitées dans les règles de l’art », souligne encore l’experte des Nations unies. Les peines mentionnées concernant des enlèvements « allaient de 15 à 20 mois d’emprisonnement avec sursis au maximum », regrette-t-elle. « De telles peines ne reflètent pas la gravité des agressions contre les personnes atteintes d’albinisme », déplore encore Muluka-Anne Miti-Drummond.
Ce manque de transparence encourage une « perception croissante que la justice n’est pas rendue au nom des victimes et des communautés concernées », souligne encore l’experte. Elle regrette d’ailleurs que la plupart des familles des victimes préfèrent recourir à la justice traditionnelle qu’à la justice formelle. Elle cite comme exemple la tragédie à Ikongo, où la communauté a affronté la gendarmerie locale pour rendre justice suite à une affaire d’enlèvement d’un enfant atteint d’albinisme. Pour ne pas arriver à de telles situations, Muluka-Anne Miti-Drummond suggère de « communiquer les résultats de ces procès aux victimes et à leurs familles, ainsi qu’au grand public, car cela peut contribuer à éviter la justice populaire ».
« Si j’évoque la tragédie d’Ikongo, c’est pour mieux souligner que la justice ne doit pas seulement être rendue, elle doit aussi être perçue comme avoir été rendue », lance l’experte des Nations unies à l’endroit de la presse. Elle demande également à ce que les procédures régulières soient respectées et que « les affaires touchant les personnes atteintes d’albinisme fassent l’objet d’enquête appropriées, afin de faciliter l’identification et la poursuite des cerveaux des agressions ».
Muluka-Anne Miti-Drumond est venue à Madagascar sous invitation du gouvernement malgache. Sa mission qui s’est étalée du 20 au 30 Septembre avait pour but d’évaluer le respect des droits des personnes atteintes d’albinisme à Madagascar et d’apporter ses expertises en vue d’améliorer la prise en charge et le respect des droits de ces personnes dans le pays. A Madagascar, 10 cas d’agression sur les personnes atteintes d’albinisme ont été rapportés en 2020, huit cas en 2021 et 15 cas en 2022, indique-t-elle dans son rapport.














