L’annonce par l’administration Trump d’imposer des droits de douane de 47 % sur les produits malgaches exportés vers les États-Unis a secoué le monde économique de Madagascar. Cette décision est d’autant plus alarmante que le marché américain est l’un des principaux débouchés pour les exportations de la Grande Île. Face à cette situation, le directeur général des douanes, Ernest Zafivanona Lainkana, a répondu à la sollicitation de 2424.mg pour apporter des éclaircissements. Interview
Comment devons-nous comprendre cette décision de l’administration Trump d’imposer une taxe de 47% sur les exportations malgaches vers les États-Unis ?
La manière dont il faut comprendre cela est sans équivoque. Si le taux appliqué à Madagascar est effectivement de 47%, la méthode de calcul, telle que nous l’avons constatée à travers les médias étrangers ou à travers les échanges avec les responsables concernés, repose sur notre déficit commercial. En d’autres termes, il y a des marchandises que nous exportons vers les États-Unis, et d’autres que nous importons des États-Unis vers Madagascar. En 2024, Madagascar a exporté pour environ 733 millions de dollars vers les États-Unis, tandis que les importations en provenance des États-Unis n’étaient que de 53 millions de dollars. Cela crée un excédent commercial pour Madagascar, à hauteur de 679 millions de dollars. C’est ce chiffre qui représente notre excédent commercial. »
Comment expliquez-vous également ce droit de douane de 93% que Madagascar aurait imposé aux États-Unis ?
Si nous nous référons à ce taux de 93%, il est à peu près équivalent au ratio du déficit commercial évoqué. Il s’agit d’un déficit commercial de 679,8 millions de dollars par rapport à un volume d’importation total de 733 millions de dollars [du côté américain], ce qui donne un taux de 92,7%, arrondi ensuite à 93%.
Comment l’administration douanière malgache taxe-t-elle alors les produits américains entrant à Madagascar ?
En réalité, la taxation appliquée par Madagascar n’atteint pas du tout ce taux de 93%. Pour les produits en provenance des États-Unis importés à Madagascar, la moyenne de taxation tourne autour de 12%. Nous savons que les États-Unis appliquent une taxation uniforme à tous les produits. C’est la même taxe pour tous les produits. Pour nous, la politique tarifaire est structurée de la manière suivante : 5% pour les équipements et les matières premières, afin de promouvoir la production locale, 10% pour les produits intermédiaires, et 20% pour les produits finis. Ce sont les taxes qui existent chez nous. Ainsi, si l’on considère les droits de douane perçus sur les marchandises importées des États-Unis en fonction de leur valeur, cela nous donne une moyenne d’environ 12%. Cela nous permet de dire, si l’on part du tarif, que cela n’atteint pas 93%. En fait, la décision prise [par les États-Unis] n’est pas liée à notre politique tarifaire, mais plutôt à un « tarif d’urgence », comme ils l’appellent, décrété dans un contexte d’état d’urgence. En tant que tarif d’urgence, ils ont imposé ce taux, sans rapport avec nos propres pratiques douanières. »
On parle actuellement de cette taxation à 47% des produits malgaches vers les États-Unis. Comment les échanges s’effectuaient-ils auparavant, avant l’application de cette mesure ?
Les États-Unis font partie des pays qui appliquent les taux de droits de douane les plus faibles. Si je ne me trompe pas, le taux moyen appliqué aux marchandises importées aux États-Unis est d’environ 3,3%. En outre, ils ont établi avec certains partenaires des accords commerciaux appelés Trade Facility Agreements, comme le Système Généralisé de Préférences (SGP) et l’Agoa (African Growth and Opportunity Act). La majorité de nos exportations bénéficient de ces régimes préférentiels. Sur les 733 millions de dollars de marchandises exportées vers les États-Unis en 2024, seuls 18 millions de dollars n’étaient pas couverts par le SGP ou l’Agoa, soit 2% qui ont donc été soumis à une taxe douanière standard de 3%. Le reste, est entré sur le territoire américain avec un taux préférentiel de 0% grâce au SGP et à l’Agoa. »
Qu’advient-il de ces régimes préférentiels suite à l’instauration de cette nouvelle tarification ?
Étant donné qu’il s’agit d’une mesure d’urgence, elle n’a pas suivi le processus législatif classique, comme c’est le cas chez nous. Dès la signature de l’executive order, son application est immédiate. Cette mesure entrera en vigueur ce mardi 9 avril, à partir de minuit, comme détaillé dans le décret. Pour les marchandises déjà entreposées, l’application se fera à partir de 12h. En ce qui concerne les régimes préférentiels liés à l’Agoa et au SGP, nous sommes encore dans l’attente de clarifications de la part des autorités américaines avant de pouvoir nous prononcer officiellement. »
Quels pourraient être, selon vous, les impacts de cette décision sur les activités économiques à Madagascar ?
Du point de vue de l’administration douanière, nous savons que la compétitivité économique et les déséquilibres de la balance commerciale dépendent de plusieurs facteurs, et pas uniquement des politiques tarifaires. Tous les produits ne sont pas touchés de la même manière. Certains produits bénéficient d’un avantage absolu, d’autres d’un avantage comparatif ou différenciatif. Concernant le secteur minier par exemple, certains produits sont exclus de cette nouvelle tarification. Une liste d’exclusion a été établie, et les produits concernés ne seront donc pas impactés. Ce qui nous préoccupe, c’est la compétitivité globale de nos produits sur le marché américain. Mais il convient de souligner que cette mesure d’urgence reste provisoire. Son évolution dépendra de la manière dont la situation sera gérée. C’est à l’État de mener les négociations bilatérales nécessaires et de suivre toutes les étapes pour y faire face. Ce genre de situation s’est déjà présenté, comme ce fut le cas avec le Mexique, où un executive order similaire avait été adopté mais fut par la suite suspendu, permettant un retour à la normale.














