La gouvernance des ressources naturelles se trouve minée par l’absence de cohérence des actions menées entre les différents ministères concernés par le dossier. Tout le monde ne tire pas dans la même direction. Sans démarche ni vision communes, les conséquences sur la gestion des ressources naturelles se font sentir.
« Nous remarquons que les actions des différents secteurs se chevauchent. Je prends l’exemple des activités minières dans les mangroves. Nous savons tous que ces zones constituent un écosystème qu’il faut protéger afin de développer le secteur pêche. La question se pose donc : pourquoi a-t-on permis cette exploitation ? Est-ce que les deux ministères concernés ne devraient pas discuter en amont de la protection des mangroves ? », se demande Voahirana Randriambola, représentante des Organisations des sociétés civiles (OSCs) nationales.
L’observation de Voahirana Randriambola, lors d’un débat sur la gestion des ressources naturelles samedi, retransmis sur une chaîne de télévision privée le lendemain, résume la complexité de la problématique. Le manque de coordination conduit au chevauchement des actions des différents ministères, né de l’absence d’une vision commune claire. Cette différence de vision au sein de l’Exécutif débouche sur une défaillance de priorisation des activités en matière de politique de gestion des ressources naturelles. En 2003, dans le cadre de la « vision Durban », la Grande île a promis de tripler la superficie des ses aires protégées. Cette initiative avait été renforcée en 2014 par l’engagement d’augmenter le nombre des aires protégées marine d’ici 2020.
Pourtant, entre 2005 et 2008, 16 compagnies pétrolières internationales avaient déjà conclu 23 contrats avec l’Office malgache nationale des industries stratégiques (OMNIS) pour l’exploration pétrolière. Selon une étude publiée en 2016 par la Banque mondiale, 4 000 permis miniers ont été octroyés durant ce temps. Il a été constaté la superposition des blocs pétroliers sur des zones de pêches, des zones sensibles et des zones propices au tourisme, comme Ampasindava et Nosy Be.
Randriamihavana, représentant des OSCs nationales, martèle qu’il est important de procéder à la définition d’une vision commune et transversale, avec la priorisation des objectifs et des actions à entreprendre, pour qu’il n’y ait plus de chevauchement. « S’il est vrai que Maurice a placé le tourisme comme priorité politique, qu’en est-il de Madagascar ? Nous avons parlé des mines, des mangroves et des ressources stratégiques, quelles sont les priorités politiques de Madagascar afin que nous puissions avancer d’une manière plus claire vers un même chemin », martèle-t-il.
Herilaza Imbiki, Secrétaire général du ministère des Mines et des ressources stratégiques, reconnaît « la nécessité d’avoir une vision commune et transversale à tous les niveaux » . Entre-temps, il confirme la volonté du ministère des Mines et des ressources stratégiques à remédier à cette anomalie, en assurant que son département tient compte de l’environnement, au même titre que l’aspect relatif à l’exploitation minière.
De son côté, Etienne Bemanaja, directeur général de la Pêche et de l’aquaculture au sein du ministère de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche, évoque l’existence de structures de coordination [pour réfléchir sur les enjeux environnementaux, économiques ou sociaux]. Il soulève pourtant la nécessité de les rendre plus efficaces. “Comment les faire fonctionner?”, s’interroge-t-il.














