Les dés sont jetés pour les élections communales du 27 Novembre. Encore une fois, les municipales à la Commune urbaine d’Antananarivo retiendront l’attention du fait de sa position stratégique sur l’échiquier politique. La tâche n’est pas aisée pour les candidats non-issus des principaux partis, à savoir, d’un côté, le Miaraka amin’i Prezidà Rajoelina (Mapar) et de ses alliés au sein de Isika rehetra miaraka amin’i Rajoelina (IRD), et de l’autre côté, le Tiako i Madagasikara (TIM) de l’ancien président Marc Ravalomanana, de s’illustrer dans la course.
« À priori, les municipales à Antananarivo risquent encore de se jouer entre le candidat du parti Miaraka amin’ny prezidà Rajoelina (Mapar), ou celui de la plateforme IRD et celui du TIM », pronostique un analyste politique. L’observation paraît réductrice mais, les élections de ces dernières années, à quelques exceptions près, confirment cette tendance. Il suffit de jeter un œil sur les résultats des derniers scrutins entre les deux principales forces politiques rivales, à savoir la présidentielle de 2018 et les législatives de 2019.
L’analyste politique concède que la remarque n’est pas absolue, à savoir l’élection d’un candidat issu du parti au pouvoir ou celui d’une formation politique de l’opposition. « Mais pour y arriver, il faut que le candidat en question suscite de l’espoir de par son parcours. Il faut qu’il ait un succès social selon la dynamique des pays africains, et ce, quelle que soit la manière d’y arriver », soutient-il. « Il y a toujours une demande sociale allant dans ce sens car la société africaine vote « utile » quel que soit le passé du candidat », poursuit-il. « Un autre facteur important : le financement de la campagne qui est le nerf de la guerre », conclut-il.
Toavina Ralambomahay, observateur de la vie politique et potentiel candidat au conseil municipal d’Antananarivo, confirme le point de vue de l’analyste politique. Il évoque le défi qui attend les « autres » candidats aux municipales. « À Antananarivo, il n’y a pas de candidat qui dispose d’un appareil politique huilé, un candidat qui dispose d’un parti avec 10 000 cotisants pour le soutenir, et qui est là, sur le terrain politique en permanence, et ne se manifeste pas qu’à la veille des élections», regrette-t-il. Ce qui réduit d’une manière sensible les chances de succès de ce type de prétendants à la magistrature de la ville des Mille.
Au-delà du profil des prétendants, un autre facteur risque de joueur en défaveur des candidats outre ce que celui du Tim et du Mapar/IRD. « Le taux de participation est généralement faible mais, surtout l’engagement des citoyens dans les corps intermédiaires comme les partis, les associations et syndicats, est faible », soutient l’observateur de la vie politique. La question qui se pose, est d’évaluer les chances des candidats qui ne sont pas issus des partis déclarés d’opposition classique de franchir ces obstacles. « Est-ce que les autres candidats et ceux de l’opposition n’ont aucune chance de gagner ? Nul ne le sait. L’histoire récente dit: difficile ! », constate Toavina Ralambomahay. Mais les cas de Stanislas Rakotonirina en 1956, de Marc Ravalomanana en 1999 et de Andry Rajoelina en 2007, élus sans être présentés par des partis d’opposition classiques, en 63 ans de municipales, en sont des contre-exemples.
En tout cas, à la lecture des résultats des dernières élections, la lutte risque d’être âpre, du moins entre le candidat des partis au pouvoir et celui du Tim, le cas échéant. Les deux partis étaient au coude-à-coude lors de la présidentielle. Le nouveau pouvoir avait manœuvré pour modifier au dernier moment le mode de scrutin aux législatives au point de rafler la moitié des sièges à pourvoir dans les six districts de la capitale. Les enjeux autour des municipales à Antananarivo-Renivohitra sont énormes. Le prestige politique de diriger la capitale, avec environ 700 000 électeurs, est non-négligeable. L’histoire politique du pays montre également que l’opinion politique de la capitale, n’est pas étrangère au façonnement de l’opinion publique dans l’ensemble du pays, d’où l’intérêt des partis de la mettre de son côté. D’ailleurs, Antananarivo-Renivohitra avait constitué ces derniers temps un tremplin pour des candidats afin d’accéder à la magistrature suprême plus tard.
La lutte politique, née de ces enjeux, conduit les partis au pouvoir et leurs principaux adversaires à se lancer dans une farouche bataille qui n’est pas forcément à l’avantage de la ville, devenue otage de la politique. L’expérience du retrait du contrôle du Service autonome de maintenance de la ville d’Antananarivo (SAMVA) entre les mains de la Mairie et le déclassement de Commune urbaine d’Antananarivo en commune de 5ème catégorie ont des conséquences sur la gestion de la ville. Ces décisions continuent d’être utilisées comme armes politiques par les protagonistes pour des passes d’armes entre-eux. « La capitale de Madagascar, l’une des plus sales d’Afrique, n’a plus besoin de ces querelles politico-politiques pour pouvoir se développer », interpelle un analyste politique.
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