Les challenges sont la forme nouvelle et moderne du « m’as-tu vu ». Les jeunes, pour faire comme les autres et pour exister dans leurs yeux, se mettent en scène dans des défis, souvent drôles, mais parfois dangereux.
Partager sur les réseaux sociaux sa photo pendant qu’on est étalé sur le sol autour de certains objets comme si on venait de tomber, faisant ainsi éparpiller le contenu du sac que l’on portait. C’était le dernier challenge en vogue sur Facebook et auquel avait participé bon nombre d’internautes malgaches. Les images étaient souvent drôles et recueillaient beaucoup de « réactions ».
L’un des objectifs de ces challenges est d’ailleurs d’engranger le maximum de « like ». Dans un monde où tout le monde se filme et se photographie, les jeunes ont de plus en plus envie d’être vus, et d’être appréciés. « J’aime recevoir des réactions de la part de mes amis quand je fais quelque chose », explique Anne-Marie, étudiante et modèle dans une agence de mannequinat, adepte des challenges.
Comme de nombreux autres jeunes, Anne-Marie se prend au jeu des défis pour sentir qu’elle existe. « Nous sommes dans une génération très narcissique », analyse la sociologue Caren Ramanantoanina. Pour elle, la plupart des gens qui s’adonnent aux challenges ont surtout « envie de se mettre en scène et d’exister dans le regard des autres ».
Il y a aussi, derrière l’exécution des défis, cette volonté de faire et d’être comme les autres. « Les défis je les accepte, tout d’abord pour montrer que j’en suis capable », ajoute Anne-Marie. « Quand je vois ce que les autres font, je me sens obligé de les imiter », avance de son côté Angela, lycéenne en classe de Première. Son objectif : « avoir la sensation d’exister, et avoir le sentiment d’appartenir à un groupe ».
Culture de l’image
« En imitant ce qu’ils voient, les internautes, notamment les adolescents, ont l’impression d’appartenir à un même un groupe », confirme Caren Ramanantoanina, sociologue. Les challenges sont devenus un moyen pour les internautes de se faire valider par les autres. C’est d’ailleurs ce phénomène d’imitation, amplifié par une culture de l’image de plus en plus développée, qui explique le succès de ces challenges.
« Notre société est devenue très visuelle et interactive », constate la sociologue. La concurrence en devient presque une tendance. Les challenges ne sont alors plus réalisés pour le fun, mais pour surpasser les autres. Ces défis sont pourtant parfois dangereux. L’un des derniers challenges les plus dangereux ayant fait le buzz est celui de sortir d’une voiture qui roule puis de danser à côté de la voiture tout en avançant à son rythme.
Relever les challenges lancés sur Facebook ou les autres réseaux sociaux peut faire exister en société, mais ce ne sont pas tous les jeunes qui se prêtent au jeu. « Les challenges de ce genre ne m’intéressent pas, pour moi c’est une perte de temps », confie Arnaud. Et ce n’est pas pour autant qu’il se sente exclu. Être ou ne pas être, les challenges ne sont pas les réponses.














