Mercredi 5 février 2020 : l’AFD (Alternative für Deutschland) a mêlé ses voix à celles du CDU (parti démocrate-chrétien) et du FDP (parti libéral) pour faire élire, par une seule voix d’avance, le ministre-président de la région de Thuringe issu du FDP. C’est la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale que l’extrême-droite redevenait faiseur de roi.
L’assassin revient toujours sur le lieu de son crime. De fait, c’est précisément en Thuringe qu’en 1930, le parti nazi d’Adolf Hitler se rendait pour la première fois indispensable en apportant un précieux appoint à l’élection d’alors du candidat conservateur.
Le lendemain, les responsables nationaux du FDP et de la CDU, le parti de la Chancelière Angela Merkel, obtenaient que le ministre-président élu démissionne. Mais, les analystes soulignent la distorsion entre les positions du CDU dans l’ancienne RFA et la possibilité d’alliance avec l’AFD évoquée dans l’ancienne RDA où avait grandi Angela Merkel.
À l’issue des régionales d’octobre 2019, où l’AFD a recueilli 23,4% des voix (13,7% à l’échelle nationale), les responsables du CDU en Thuringe ont réclamé des discussions ouvertes avec l’AFD arguant qu’il est inconcevable d’ignorer un quart de l’électorat.
Les électeurs de l’AFD seraient-ils uniquement des brutes fascistes ? Et si c’étaient des Allemands simplement inquiets de l’ouverture des frontières de l’Allemagne au million et demi de réfugiés arabo-musulmans qui ont débarqué en Allemagne entre septembre et décembre 2015 ?
Aussitôt esquissée la coalition FDP/CDU/AFD en Thuringe, Angela Merkel avait souhaité qu’on invalide l’élection. Il faudra donc refaire systématiquement les élections quand elles dérangent le politiquement correct. Le 23 juin 2016, les Britanniques avaient choisi le Brexit à un référendum, mais les parlementaires réunis à Londres la cosmopolite ont usé de telles manœuvres dilatoires qu’il avait fallu les élections législatives du 12 décembre 2019 pour acter enfin la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Le 29 mai 2005, les Français avaient voté Non au traité constitutionnel européen (54,68% avec un taux de participation de 69,34%). Mais, le président de la République convoquera en Congrès du 4 février 2008 les députés et sénateurs français pour faire adopter le traité de Lisbonne sans prendre le risque d’un autre Non du suffrage universel direct. Le 1er juin 2005, les Néerlandais votaient à leur tour pour le Non au traité européen (61,6% avec 62,8% de participation). Malgré les rejets français et néerlandais, le projet de traité, à peine modifié, sera approuvé le Parlement européen le 20 février 2008. Mieux, les Irlandais avaient d’abord dit Non au traité par le référendum du 12 juin 2008 avant de l’approuver à un deuxième référendum le 2 octobre 2009.
Ainsi va la démocratie, autant de scrutins et de référendums jusqu’à satisfaction des cosmopolistes, des internationalistes, des unionistes et des sans-frontières, autoproclamés dépositaires des valeurs d’humanisme.














