Antananarivo, 13 novembre 2019, 17 h. Pluies torrentielles sur une Capitale saturée. Saturée d’habitants surnuméraires, saturée des trois quarts du parc automobile malgache, saturée de remblais arrachés aux collines alentour. Saturée d’eau, surtout, en cette fin d’après-midi.
Il y a une joie cruelle à voir toute cette eau qui stagne rapidement au-lieu dit AnkorondRANO (à la confluence des eaux). Une jouissance perverse à naviguer dans l’eau qui a envahi SoaRANO (à-la-bonne-eau : il devait y avoir une source ici, autrefois). L’eau est partout dans la plaine d’Antananarivo. L’eau est chez elle dans la plaine d’Antananarivo.
Cette belle avenue, aujourd’hui de l’Indépendance, mais que l’administration coloniale française avait tracée surtout pour imposer dans le paysage une conception de l’espace qui n’est pas la nôtre, s’avère, chaque jour un peu plus, une formidable aberration urbanistique. Sans l’implantation malencontreuse à SoaRANO de cette gare et de son chemin de fer depuis Soanierana, la plaine de l’Ouest serait encore ce que les fondateurs d’Antananarivo en avaient voulu : les rizières du Betsimitatatra.
Au même moment, je les subodore également les «pieds-dans l’eau», Ampefiloha (là où une digue dut être érigée pour canaliser l’eau), Anosy (l’île-au-milieu-des-eaux), Anosibe, Andavamamba : ici, donc, jadis, s’ébattaient les crocos et autres caïmans. L’eau est partout dans la plaine d’Antananarivo. L’eau est chez elle dans la plaine d’Antananarivo.
Les inondations de 1959, c’était il y a tout juste 60 ans. Une crue soixantenale apporterait la démonstration du bon sens : les 67 hectares, la Cité Ampefiloha, HJRA, le Tribunal et les ministères flottent sur un polder qui se souvient des ses racines aquatiques. De l’eau à mi-mollet derrière le Hilton et ses pieux qui accrochent la roche, là-bas, à une vingtaine de mètres sous la plaine ; l’eau d’Andriantany qui squatte périodiquement l’arrière-cour du Ministère des Affaires étrangères ; l’eau qui inonde en permanence les caves de la gare de Soarano : l’eau est partout dans la plaine d’Antananarivo. L’eau est chez elle dans la plaine d’Antananarivo. Drainée ici, siphonnée là, l’eau phréatique dort sous le Betsimitatatra et se gorge de chaque orage pour se réveiller en crue.














