«Nettoyer la Fédération» : ce sont les mots du capitaine de l’équipe de Madagascar. Et il parle d’expérience : dix-sept ans avec l’équipe nationale malgache. Dix-sept ans comme témoin impuissant de tant de turpitudes et beaucoup d’incompétences. Aujourd’hui, avec la légitimité du parcours à la CAN, Faneva Ima Andriatsima «balance».
Dans le journal L’Équipe (07 juillet 2019), il raconte : «On voulait avoir le minimum, un petit hôtel correct, une bonne bouffe et un minimum d’équipements. J’ai connu le temps où l’on dormait dans un hangar avec des lits superposés. Et les maillots…Pour les qualifications de cette CAN 2019, on joue au Soudan (9 juin 2017). On n’avait pas de maillots d’entraînement, ce qui n’est pas grave. Mais, le jour du match, (les maillots) étaient différents ! Après notre victoire (3-1), j’ai appelé la Fédé : «On ne peut pas jouer avec des maillots ou des shorts différents et des chaussettes trouées !».
«Je dois quelque chose à ce maillot», confesse le doyen de la sélection. Mais, personne n’aurait pensé qu’il s’agissait de maillots dépareillés et de chaussettes rapiécées…
Faneva Andriatsima n’est pas le seul à briser l’omerta. Sur RMC/BFM (09 juillet 2019), Dimitry Caloin se confie à son tour : «Ça n’a pas toujours été aisé pour nous. On a même traversé des moments difficiles avec notre Fédération». Le coach lui-même, Nicolas Dupuis, confirme : «Je tire la sonnette d’alarme. Aujourd’hui, l’équipe nationale est l’arbre qui cache la forêt. Si on ne se remet pas au travail (à la Fédération), alors, dans deux ans, il n’y aura plus d’équipe… Il y a beaucoup de choses à changer à Madagascar» (Ouest-France, 10 juillet 2019).
Le Capitaine Faneva Andriatsima, dont la FMF voulait se débarrasser (en même temps que le coach), dénonce de petits riens qui font la grande différence : des accompagnateurs de la FMF (fédération malgache de football) qui touchent la prime de 400 euros due aux joueurs…
Madagascar est un pays pauvre. Au moins, on sait que la FMF n’en est pas coupable. Toujours est-il que le lot des pays pauvres est de se retrouver à la périphérie du ballet des nations. Situation symbolisée par un terminal du bout du monde, à Roissy-Charles de Gaulle et des vols de minuit au départ d’Ivato. Comme si se retrouver à 10.000 kilomètres du premier hub familier ne suffisait pas, les joueurs malgaches devaient encore se fatiguer d’une correspondance à une autre : «Pour se rendre à Madagascar, on devait passer par l’île Maurice, Addis-Abeba ou la Turquie. On ne demande pas de première classe mais d’avoir un vol direct au moins».
On sait que la CAN rapporte à chaque équipe entre 600.000 (premier tour) et 4.000.000 euros (au vainqueur final) : il faut espérer que les dividendes de cette CAN profitent équitablement aux 23 méritants qui ont su créer cette ferveur populaire sans précédent. Mais, que ces dividendes servent également à mettre en place une organisation assainie et des structures pérennes pour donner des perspectives sérieuses au football malgache et booster régulièrement le «moral de la nation».














