Antananarivo, 10 Février, 8h40 – « L’application de la castration ne résoudra pas les problèmes de viols sur mineurs et n’est pas compatible avec les dispositions constitutionnelles malgaches contre la torture et les traitements, ainsi qu’avec les normes régionales et internationales relatives aux droits humains ». Amnesty International hausse le ton face à l’adoption par le Parlement malgache des modifications du code pénal instaurant la castration chimique et la castration chirurgicale « à titre de châtiment contre les personnes reconnues coupables de viols sur mineurs ». L’organisation de défense des droits de l’homme évoque « un traitement cruel, inhumain et dégradant » qui viole ainsi les droits de la personne humaine.
Pour Amnesty International, la solution aux problématiques des viols réside plus dans « les réformes du système pénal pour que les victimes puissent avoir accès à la justice et à des recours en temps voulu », que dans l’application de ce type de peines. Elle souligne qu’à Madagascar, « les cas de viols ne sont pas suffisamment dénoncés et leurs auteurs repartent bien souvent libres parce que les victimes et leurs familles ont peur des représailles et de la stigmatisation, et n’ont pas confiance dans le système judiciaire ». Elle suggère ainsi qu’à la place de la loi qui autorise la castration, les autorités privilégient « une approche centrée sur les victimes, qui leur donne du pouvoir et leur permette de parler en toute sécurité, sans craindre d’être stigmatisées ni de subir des représailles ». L’objectif est également « d’amener les responsables à rendre des comptes », poursuit-elle.
L’Amnesty International, dans sa panoplie de solutions, propose également que soit renforcées « les initiatives de prévention afin de s’attaquer aux causes profondes de ce fléau [des viols, notamment les viols sur mineurs] et de l’éliminer ». L’organisation « demande ainsi aux autorités malgaches d’aligner ces modifications sur les normes relatives aux droits humains, tout en accordant la priorité au bien-être, aux droits et aux besoins des victimes ».
Les autorités malgaches, de leur côté, évoquent la sauvegarde de l’ordre public et la protection de l’intérêt général pour justifier leur décision. Elles mettent également en avant la souveraineté de Madagascar dans l’élaboration de ses lois pour rejeter toute éventuelle injonction à ne pas adopter les modifications du Code pénal dans le sens qu’elles souhaitent. Elles disent avoir pris cette décision à des fins dissuasives face à la recrudescence des cas de viols. Dans ses diverses interventions sur le sujet, la ministre de la Justice Landy Mbolatiana Ramanantenasoa rappelle que 600 cas de viols ont été recensés à Madagascar en 2023, et que rien qu’en janvier 2024, 133 cas ont été enregistrés.
Proposée par le président de la République Andry Rajoelina durant son discours de fin d’année, l’introduction de la castration parmi les peines infligées aux personnes reconnues coupables de viols sur mineurs a reçu l’aval des députés et des sénateurs durant la session extraordinaire du Parlement qui s’est clôturée vendredi. Le projet de loi modifiant le code pénal en ce sens devrait encore passer par le contrôle de constitutionnalité de la Haute cour constitutionnelle (HCC) avant d’être promulguée par le chef de l’Etat.
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