Antananarivo, 26 Mai, 16h55 – “Quand nous disons que Madagascar peut exporter à travers le circuit formel 12 tonnes d’or par an, c’est parce que les informations que nous avons recueillies nous ont effectivement permis de savoir qu’environ une tonne d’or par mois sortent clandestinement du pays”. La déclaration est du ministre des Mines, Herindrainy Rakotomalala, qui avait exposé en public l’ampleur du trafic de cette ressource minière, lors d’une conférence autour de la filière or, jeudi.
La mission qui avait été confiée dernièrement à ce membre du gouvernement n’aurait fait que confirmer cette sortie illicite d’or en provenance de Madagascar. “J’étais envoyé notamment à Dubaï pour parler avec les acheteurs d’or sur place. Ce qu’on peut déduire c’est que, qu’on suspende ou qu’on ouvre l’exportation formelle de l’or, il y a une quantité importante de ce produit qui sort clandestinement du pays”, rapporte-t-il.
Cette situation serait favorisée, selon le ministre en charge des Mines, par la difficulté pour le pays à surveiller ses 5 000 kilomètres de côtes ; où ce produit minier peut d’ailleurs être envoyé clandestinement par voie maritime, puis par voie aérienne. Le renforcement de cette surveillance, qui est souvent pénalisée par un problème de moyen, doit donc être entrepris afin de parvenir à lutter efficacement contre cette exportation illicite d’or, insiste le ministre Herindrainy Rakotomalala.
Mais la lutte contre l’exploitation illicite d’or doit également être intensifiée. Plusieurs sites d’exploitation clandestine d’or ont pu être localisés à travers des images satellites, indique le ministre des Mines. En plus d’utiliser des gros équipements, ces exploitants illicites utilisent également du mercure. Le manque à gagner pour le pays est énorme. “Supposons qu’ils extraient ne serait-ce que deux kilos d’or par jour, cette quantité vaut déjà 140 000 dollars avec le cours de l’or qui est de 70 000 dollars le kilo actuellement. Avec 60 kilos en un mois, ces exploitants illicites font 4,2 millions de dollars de chiffre d’affaires mensuel. Ce sont d’ailleurs ces exploitants clandestins qui exportent directement et illégalement notre or à l’étranger”, expose le ministre Herindrainy Rakotomalala.
Le ministère des Mines ne baisse pour autant pas les bras, même avec le peu de moyens à sa disposition, dans la lutte contre l’exploitation illicite d’or. Ce ministère travaille avec les éléments des forces de l’ordre ainsi qu’avec les personnes disposant des renseignements sur place. Une telle coopération a permis de fermer au moins trois grands sites d’exploitation illicite d’or, rapporte-t-il. “Il y avait un moment où il nous était très difficile de mener de telle opération, du fait de l’implication de représentants étatiques dans certaines affaires. Mais la volonté de l’Etat à endiguer ce fléau nous a permis de mener notre mission jusqu’au bout, bien que la lutte est à poursuivre”, rassure le ministre Herindrainy Rakotomalala.
Les exportateurs formels et agréés, eux, se trouvent en difficulté. Il n’y a jusqu’ici que 3,5 kilos d’or qui avaient été formellement exportés par Madagascar cette année, selon les chiffres partagés par l’Agence nationale de la filière or (Anor), jeudi. L’Etat s’était pourtant fixé comme objectif l’exportation de 500 kilos d’or durant les 100 premiers jours du second mandat du Président de la République et 6 tonnes d’or exportés pour l’ensemble de l’année 2024.
Photo : Ministère des Mines.














