Il était 22 heures à Madagascar. Coup d’envoi du 169ème Classico du championnat d’Espagne («Plus que du football, c’est la Liga), entre Barcelone («Mès que un club») et le Real Madrid. Cinq cents millions de téléspectateurs étaient devant leur télé pour assister à un triste zéro-à-zéro.
Et pendant ce temps, dans les arrêts de jeu, à Doha au Qatar, les Anglais de Liverpool remportaient la demi-finale de la «Coupe du monde des clubs» : 2-1 contre les Mexicains de Monterrey. La logique étant également respectée dans l’autre demi-finale, ce sont donc les vainqueurs de l’UEFA Champions League (Liverpool) et de la Copa Libertadores (Flamengo) qui disputeront la finale.
Cette «Coupe du monde» réunit les champions de chaque Confédération : UEFA (Liverpool, Angleterre), CONMEBOL (Flamengo, Brésil), CONCACAF (Monterrey, Mexique), CAF (Espérance Tunis, Tunisie), OFC/Océanie (Hienghène Sports, Nouvelle-Calédonie), AFC (Al-Hilal, Arabie saoudite). Déjà d’un niveau sportif discutable, la «Coupe du monde des clubs» devenait encore plus exotique avec la présence obligatoire d’un club du pays organisateur, le Qatar.
Sept équipes et huit matches : une formule plus sérieuse de championnat aurait voulu que chaque équipe s’affronte au moins une fois, ce qui aurait été impossible dans les dix jours impartis (11 au 21 décembre 2019). Que Liverpool, champion d’Europe, et Flamengo, champion d’Amérique du Sud, se retrouvent directement en finale après juste un match ne fait pas très «coupe du monde». C’est peut-être la raison qui a poussé la FIFA à élargir sa Coupe du monde des clubs à 24 équipes, pour son édition 2021 en Chine. Avec un objectif clair : atteindre 50 milliards de revenus commerciaux.
Huit équipes européennes sont appelées à y participer et le calendrier hyperbooké des sociétaires de la Liga (Espagne), de la Premier League (Angleterre), du Calcio (Italie), de la Bundesliga (Allemagne), s’en trouvera encore plus surchargé, ce que Jurgen Klopp, l’entraîneur de Liverpool, a déjà sévèrement critiqué. Déjà, pour venir à cette «coupe du monde des clubs», Liverpool a sacrifié délibérément une compétition nationale, la Coupe de la Ligue. Pour son quart de finale face à Aston Villa, Liverpool avait aligné une équipe B, la plus jeune de son histoire avec 19 ans et 183 jours de moyenne d’âge, confiée au coach des U23 et qui s’est fait logiquement étriller 5 buts à 0. L’affiche des demi-finales aurait pourtant eu fière allure avec Manchester City, Manchester United, Leicester et…Liverpool.
Calendrier national vs. échéances UEFA vs. agenda FIFA. Le mercato européen s’apparente déjà à une foire aux esclaves : pour un Neymar à 222 millions euros, combien d’anonymes prêtés à leur insu ou vendus sans mot à dire ? La multiplication des matches rend les joueurs professionnels corvéables à merci : les marchands du temple leur voudraient clairement un organisme de robot.














