Faut-il vraiment que les nouveaux mariés klaxonnent à tout-va dans la Ville ! Ils voudraient attirer l’attention de tout le monde, mais ils devraient déjà faire attention tout court aux suites de cette convention pour-faire-comme-tout-le-monde mais véritable tue-l’amour.
L’ordonnance 62-089 du 1er octobre 1962 relative au mariage prétend que le mariage est la «base naturelle et morale de la famille» tout en se résignant à deux chapitres sur le divorce : «permettre à des époux, qu’une mésintelligence grave et persistante sépare, de mettre fin à une union définitivement compromise». Parmi les seize document conciliaires de Vatican II, la Constitution pastorale «de Ecclesia in mundo huuis temporis» (L’Église dans le monde de ce temps) promulguée le 7 décembre 1965, cite «l’épidémie du divorce, l’amour soi-disant libre, ou d’autres déformations» comme ternissant la «dignité du mariage». Très en déphasage par rapport au «monde de ce temps», l’Église catholique parle de «consentement personnel irrévocable», «indissoluble unité», «fidélité perpétuelle», qui «exclut tout adultère et tout divorce» : je ne sais laquelle, de l’ordonnance sans illusion sur la nature humaine, ou de la constitution pastorale d’un meilleur des mondes qui n’est pas de celui-ci, ces jeunes mariés auront entendue par-delà le boucan de leur alarme nuptiale.
Que des gens se marient, après tout, c’est leur droit, mais pourquoi importuner le reste du monde avec le vuvuzéla d’un avertisseur sonore dont l’usage devrait être strictement réglementé. C’est le cas typique d’un événement privé qui déborde abusivement sur l’espace public. On devrait pouvoir porter plainte pour tapage sur la voie publique.
Comme si la Ville n’était pas déjà suffisamment polluée par tout ce bruit : karaoke, caravane publicitaire, sono à même le trottoir, propagande de politicards sur fond du tintamarre de leurs nombreuses casseroles. Et donc désormais, klaxon de convoi nuptial.
Dans son livre «Tonga soa Vazaha», d’après une idée originale de Jean Pierre Badano, Jacques Rombi le Marseillais, écrit que les concerts de klaxons, ininterrompus dans la capitale malgache, n’ont pas la même connotation que chez son homologue phocéenne et que le klaxon fait partie ici de l’ambiance sonore générale. Je ne sais pas, mais il ne me semble pas qu’il en ait toujours été ainsi. Il y a encore quarante ans… À moins qu’avec l’âge mes oreilles soient devenues plus irritables aux bruits parasites. Mais, le droit au silence devrait faire partie des droits constitutionnels de chaque citoyen qui refuse d’être sourd. Ou de le devenir à force de décibels invasifs.














